dimanche 13 août 2023

 Dans le vide rien ne prend forme

Quelqu'un, repeupler reremplir mon monde que je puisse y pleurer

Y souffrir

Expurger

Je suis dans l'informe

Le coeur informe

Circonscrit enserré par des poumons et une cage thoracique intangibles insubstantiels informes

Je me meurs je me vide à petits filets comme un flacon d'encre ou de peinture renversé

En silence dans mon coin à l'insu

Dans le vide on s'épand on se vide et sa mince substance rejoint se mue en vide


Je suis triste c'est tout.

mardi 5 juin 2018

Connectique

   J’ai,
en tissant mes doigts
confectionné un tricot à la maille intriquée
où mon cœur s’est mis
et ma tête a chanté
pour noyer toutes les voix
en tissant mes doigts j’ai
cassé mes ongles adieu défenses
muré mon ombre
qui me trahissait
j’ai
en ne parlant pas en disant autre chose
à côté de la vérité
par manque de mots
et manque de foi
et aussi en n’écrivant pas
de peur d’être fausse
par manque de mots
maladresses et intentions biaisées
comblé le vide laissé par quelqu’un
qui n'existait pas
creux dans l'air
menacée d’implosion lente
bouche close cousues mes lèvres
fait-on je ou les autres jamais autre chose ?
j’ai acquiescé
résignée mais vaillante
avec les autres, j'ai dit oui :
moi, vivante, c’est ainsi : jamais je n’existerai
que parcellaire entremêlée à d’autres taches de lumière ou de suie
poignées de poussière et débris
morceaux pulsants mi-moi mi- l’univers
mi- vomie
mi- rêvée
c’est comme ça, qu'y faire? … Oh,
bonjour.
oh ! mais c’est vous, bien sûr, c’est vous 
six mois, un an, dix ans, trente ans
qu’on ne se connaît pas !
et comme vous m’êtes chère.
on le sait sans appel, on continue pourtant
à chercher la bonne direction
vers laquelle tendre son cœur
à l’affût d’âmes sœurs 
nous qui aimerons toujours
jamais qu’à côté
dans les interstices 
entre les êtres
dans les désirs et les peurs et les histoires
entre les vérités
dans cette communauté de solitudes lancinantes
qui tapent et haïssent
comme on donne de violents coups de rame
pour ne pas s’enfoncer dans les sables mouvants aux abords d’une île inconnue
et se rapprocher davantage du milieu de la rivière
de la barque de celui
beau, familier, riche des images dont on le couvre
qui nous accompagnait,
dans cette communauté donc,
oscillante et chuintante
d'êtres emmurés dans leur chair,
comment être seule?
comment ne pas l'être?
le tricot de mes doigts
le vacarme de nos voix
je ne suis pas ici.
il faut tenir bon, bien s'enfouir
allons courage!
c'est l'affaire de quelques décennies,
à peine.

dimanche 4 mars 2018

Dis-moi d’me l’ver

Dis-moi d’me l’ver
J’suis en enfer
Monde à l’envers
Pareil
Mais bleu
Pareil
Mais creux
Dis-moi d’me l’ver
Mon chat, dis-le
Toute seule j’peux pas
Toute seule j’peux pas
Si j’bouge un doigt
Tout peut s’briser
Sans qu’ça se voit
Le cœur enfui
Le jour fini
Et comme témoin
Y aurait que moi
Dis-moi d’me l’ver
C’est pas si grave
C’est pas la mort
De vivre comme ça
Jusqu’à la mort
C’est pire ailleurs
Bien pire ailleurs
Ici c’est doux
C’est gris mais doux
On ne brûle pas
On ne hurle pas
Juste on s’efface
Dis-moi d’me l’ver
Mon chat, dis-moi
J’peux pas rester
Couchée comme ça
Un gouffre discret
Un deuil secret
Personne me voit
J’suis en papier
Recto y’a rien
Verso y’a rien
C’est juste tout plat.

Dis-moi d’me l’ver !
J’peux pas le croire
qu’il y a que ça
C’est p’têtre absurde
Cette toute p’tite vie
Mais c’est pas ça !
Y’a autre chose
Des pierres des roses
La mer les bois…
Dis-moi d’me l’ver !
Y’a le soleil et y’a le ciel
Et des p’tits doigts
Pour se toucher se rassurer communiquer
Y’a pas que ça
Mon canapé
Mes noires idées
Ma solitude
...
Dis-moi d’me l’ver
Ou j’reste comme ça

vendredi 16 février 2018

Une chose est certaine:

les choses d'importance
perdent toute importance
en l'absence d'un cœur 
pour leur en donner

et les choses douloureuses 
cessent soudain de l'être 
s'il n'est plus une âme
pour les ressentir.

C'est inéluctable.

Dès lors,

si elles dorment d'un profond sommeil 
et que, toute entière,
je m'endors aussi,

elles ne manqueront plus à personne 
ces choses
ces toutes petites choses
qui se sont enfuies.

mercredi 27 mai 2015

dans la forêt inextricable

(...En se heurtant nos deux cœurs
tels des pierres à feu se seraient embrasés...)

Finalement, je rêve aussi de ça...        
Une rencontre, une convergence qui m’éveille et me donne sens
quelque chose qui m’emplisse et me fasse scintiller en chœur avec un(e) autre

et à mesure que n’advient pas, hé bien, l’amour, 
de passion transcendante où le désespoir à son zénith se mue soudain en or

se racornit mon être, chacune de mes fibres de mes lambeaux de peau des pétales desséchés
les vertèbres ployantes se hérissant d'épines qui ne blessent que moi

Désirante, arc-boutée d’impulsions violentes jusqu'à m'en fissurer
et pourtant immobile telle une fleur,
indifférente, inconséquente, frivole
plantée là dans l'attente
l'attente d'être cueillie

dans l’ombre dissimulée,
ébouriffée d'épines
aiguës et suppurantes.

mardi 27 janvier 2015

Histoire de la chatte échaudée

Que vais-je vous raconter?
Toujours la même histoire.
Celle d’une chatte déglinguée
qui a peur qu’on l’échaude
et fuit tous les points d’eau

La moindre goutte l'atteint
la minette fait scandale
saute et geint, gémit, s’arrache le poil
enfin, un vrai spectacle
qui exaspère les mâles

On la tance de guerre lasse :
« Mais ma petite chérie
n’avez donc aucun cuir?
À quoi sert votre pelage
que tant faites 
reluire ? »

« Il sert à la caresse »
répond la bête naïve,
« et à frémir au vent
satinée et vivante
douce comme un matin blanc »

« Pouah à votre vanité ! »
lance un chat méprisant.
« Sachez pourtant, Matou,
que ma précieuse fourrure
plaît fort à mes amants.

Que j’aime ceux-ci puissants
capables de m’abriter
de la moindre gouttelette
afin que sereinement
je vaque à ma toilette »

« Charmante fragilité.
Vous êtes sûrement de celles
qui prétendent pourtant
comme celles de leurs époux
à d’égales gamelles 


Et le mal qu’ils se donnent
les dangers les querelles
sans que ça vous chiffonne
est sans façons réduit
aux mêmes
 bagatelles.

…Enfin, ne vous déplaise
cette phobie de l’eau
que vous entretenez tant
à nous en rendre fous
d’où vous arrive-t-elle? »

« Elle me vient des brimades
répétées chaque jour, années après années
par des chats tout comme vous. »
jette la chatte irritée
à l’insistant minou.

À deux pas d'une flaque
le chat veut protester
mais les mots ne viennent pas.

La minette s’en détourne
court se mettre à l'abri
derrière un plus gros chat.

Marcescible

Vois-tu,
qu’il n’y ait pas de méprise,
je suis toujours celle qui agit dans la brume et mugit en vain dans l’eau blême du marais
quoique je me flétrisse avant même d’avoir pu étirer jusqu'au bout mes pétales infinis
je suis toujours celle qui du bout des doigts effleure au hasard des êtres et des objets aux formes illisibles
qui sent les uns palpiter à la pointe des dents et les autres s'égailler
je suis toujours celle qui entend venir en retard le danger
alors que nos peaux sont si proches qu’il en émane déjà une tiédeur commune
et qui quand foudroyée demeure tétanisée recroquevillée brûlée tandis que vous courez
les yeux droits devant vous le cœur bien à l'abri dans la plus haute tour des tours de vos châteaux
puis sereins contemplez l’horizon là où la mer de mes larmes disparaît dans le sang
que projette en tout point en sombrant le soleil
et mon âme tapissée d’inflorescences en cendres
et tout autour mon corps
mon corps, mon corps, mon corps,
racorni et ployé aux particules rancies.

samedi 22 novembre 2014

ésthétique de l'écorchée

Il y a...
de l’ambiguité dans la pluie

Un instant fraiche, vivifiante puis vous inonde et fait horreur,
à peine à l'intérieur se débarrasser des vêtements trempés de pluie
et sécher ce corps trempé de pluie
frictionnée, stimuler la circulation du sang,
un geste vivifiant si on l’interrompt à temps avant
d'emporter quelques lambeaux de peau dans la serviette en coton

Alors inspirer profondément mais pas au point de suffoquer,
un acte vivifiant qui affûte vos sens et un instant vous rend plus charnelle
l’effleurement d’un courant d’air
croise momentanément sur votre peau
l’afflux de chaleur du radiateur

Chaleur douce, délicat courant d’air
après la pluie battante et le corps éponge

Et puis entortillée dans un peignoir moelleux,
danser, esquisser du moins quelques pas
et garder en lisière de l’esprit
la pensée de spectateurs imaginaires aux yeux brûlants,
jamais plus qu’en lisière pour rester libre
libre de ses mouvements de femme seule,
d'être seul dans un espace brièvement désert


L’Autre, l’Envahisseur, ailleurs et nous
dansant à la fois seule et s’échauffant à la pensée du regard ambivalent,
à la fois prédateur et absent de l’autre l’être
au désir sans équivoque s’attisant de ce qu’il perçoit
quand nous nous embrasons de ce que nous percevons du désir de l'autre
– l'excitation boomerang, la sexualité de l’écho

Narcisses mais l’eau dans laquelle on se mire
cette eau rêvée n’est pas tranquille
sa conscience dans nos érotismes est magma
il y a des intermédiaires à notre sexualité,
nous sommes des princesses nous sommes des cygnes nous sommes des anges
mais sans couronnes mais sans ailes mais sans elles et sans soies
défendues pourtant de toucher terre

Amputées de notre féline convoitise de notre férocité ardente et sale,
amputées, amputées
à force de regarder ailleurs à force de nier avec véhémence
ce qui de nous résiste au carcan de l’éternel féminin

Concessions cruelles faites au cours d’âpres négociations
dont nous avons oublié le commencement
longtemps ont-elles duré, bien longtemps

Mais elles sont finies nous sommes femmes,
nous sommes femmes et elles n’ont plus lieu d’être

Belles et bien femmes épanouies telles des roses,
de si jolies roses
revêtant les atours de la vie

Quand jour après jour en cachette après la pluie nous dansons et rêvons
et baignons nos diaphanes pétales dans nos menstrues et autres hémorragies internes
élixirs mystérieux grâce auxquels jour après jour
nous nous hissons en souriant sur le piédestal

Nos railleries notre intransigeance à l’égard de nos sœurs
détournent l’attention de notre propre et perpétuel échec
de nos destinées de Sisyphes

De la douleur


De la rage.


dimanche 12 octobre 2014

Exhalation

Do graceful people aesthetically and emotionally enjoy their own grace?
If not, then I don’t want to be graceful.
I wish to be a consumer of grace.
At the first glimpse of it, something would awaken within me and start flowing into my veins
reach my heart in a matter of seconds constrict it then spasm it with the softest grip
and overflow to the point I would soon salivate something glowing and pure
eyes rolled back to the heavens
I would be shiny from throat to breast
from that thin, delicate liquid
that erupted at the first sight of

something graceful
coming from someone unaware of their own grace
who maybe suffers
whose mind is maybe filled with grey thoughts
craven yearnings, ugliness and despair.

mardi 2 septembre 2014

J’aurais pensé qu’en se faisant connaître nos étrangetés
on se serait rencontrés vraiment
qu’en se collant peau contre peau
on se serait envahis et absorbés mais
on est toujours toi et moi
uniques différents et étrangers
séparés par un écran de peau de gélatine et d’os
on est toujours

hors de portée

dimanche 31 août 2014

(X) Dévotion

Et si je mettais sur ta peau
mes lèvres juste
à l’orée de l’ombre où ton flanc se dissipe

Et si à la lisière de la nuit j’apposais furtivement
quelque empreinte digitale à révéler plus tard
quand saupoudrée de sucre glace et de ma chair humide,
tu irais au fond de ma gorge
au clair de la lune
guetter les météores

Ma main dans ta chatte à tâtons
étroit enchâssée de tes cuisses épaisses
doigts englués en quête de corail et de perles
sur mes lèvres tu viendrais te poser
vampire, gouffre et libellule

Par les brûlures profondes de
nos peaux emmêlées
à bout de souffle
cent ans écoulés au matin
et si nous expirions alors
comme des soufrières ?

Et de ta bouche le sang
en rigoles, ruisselets, en torrents et rivières
à tes larmes mêlé m'inondant aurait des airs
de derniers sacrements.

vendredi 29 août 2014

Everything is horrifying. I'm in a constant state of horror.
Something is digging a hole inside me
tearing and shewing
something with a slimy mouth and fanged-like teeth
but human, definitely human

mercredi 25 juin 2014

Notebook's tidbits

Dans le voisinage des bouleaux
à l'écorce blanche au feuillage bruissant
on peut avoir des certitudes ou au moins
des incertitudes tranquilles.

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(Ai-je l'air aussi disponible que je le suis ce soir
moi qui enivrée scrute et intensément désire
le coeur choyé par de soyeuses vapeurs éthyliques?)

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La bruine, le défilé blafard des réverbères prosternés.
Inlassablement, les essuie-glaces balaient les constellations
que la nuit postillonne sur mon pare-brise.

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Quand tu le prononces, mon nom devient
orodispersible.

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Votre voix monte tant dans les aigus
elle soulève les mots avec elle
vague haute drainant les algues
ils ne pèsent plus rien
je ne vous écoute plus.

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Immobilité de l'air. Blanc dans la lumière de la lune.
Dressant ses branches comme des imprécations.
Nuit après nuit, depuis les tréfonds de ses racines jusqu'à la cime,
il hurle;
mais autour de lui jamais rien ne tressaille.

lundi 9 juin 2014

Coercive love

First there’s a motion
then matter catches light
scattering seeds of illusion

Eyes mimicking depth
the appearance of a saint
the eeriness of your face
and your lips, scarlet paint

(Did you really think
we could become one?)

Just one steps away now
there’s a doll with claws for hands
and a face like a silvered window

Into mine dive your eyes
as I step back in terror
you’re looking for comforting lies
I’m a person not a mirror

(For I am made of bitterness, dying cells
and chattered glass)

Screaming out loud:
“if our hands hold each other,
our skins will merge, so will our blood!”

Your foolish innocence
in itself is treason
to instil love furtively
may induce fatal rejection

(Your fingers feel like chards on my body,
eyes intent and teeth bare)

dimanche 27 avril 2014

Avant la nuit

L'air perd de sa transparence un court instant s'imprègne d'or
Et ça brille fort et ça étincelle comme un bouquet final
mais avec des éclat doux, clapotis de lumière
colorent avec des doigts légers nos joues qui tiédissent, papillonnent entre les cils
puis le soir advient clôt la journée
comme une paupière lourde.

mercredi 19 février 2014

trickle

Sometimes within the grand elusive machinery
I catch the glimpse of a gear and it
makes me want to cry

dry tears phantoms tears
in pretend nostalgia for illusions
I never had in the first place

But this negativity might be caused by the thick intricate mess
that is the back of my neck
said the doctor today
(the mysterious nature of the relationship between the body and the mind
truly is the scariest and prettiest thing)

Should I ever manage to find a way to unlock
the muscles and bones there
I would then let that whole body-part
unfold and unroll
until it gets
as long and smooth and contorted as a boa

the flow of softness and peacefulness
at last restored
in a symbiotic harmony.

But keys are nowhere in sight
and the tangles in my neck keep suffocating the joy, blocking its way


Only the ugliest emotions are fit to survive
in the most extreme conditions
viruses and bacteria
my thoughts
flooding in my head
drowning my brain.

Eating is one of the only easy things left to do
in this world of mine,
first-world problems girl.

I would write about actual situations
instead of talking in abstractions but I
have no sense of self-entitlement
not really

Let me talk about the real thing and I would fall to pieces
successfully excavating and removing
what little validity I allow to my emotions.

It wouldn’t be a depiction
so striking and pure like they come up with,
them word-players, magicians
but a pitiful and dissonant conglomerate of morphemes.

But why might I ask
why is one supposed to be at their artistic best
when in utmost despair?

Are people who make such claim
aware of how tiny the mind
of a depressed person comes to be?

As far away as might be from a place of beauty and transcendence
such a constricted place

In here,
the ugly stays ugly
the dreadful gets worse
the sadness mutates to apathy
all thoughts are like grey sand
intensity of any kind of feeling
gets tone down until it feels like the gauntest routine.

But perhaps...?
Perhaps such a motionless environment
is where a delicate fragile thing slowly gets to grow?
A rare bred of flower solely born amid rotten corpses – memories and dreams
- a discreet breath carefully, slowly, silently exhaled
(one is cautious not to let it get caught in their throat)

and that thing is
the purest and most precious yearning:
 
A yearning for Out

The smallest trickle - instead of the stream of gasoline
that usually keeps you going
as an incentive to live on -
now run through you but
that trickle is
quintessential.


And that is what they meant,
that such singular substance was always
the most and maybe the sole
appropriate driving force for creation

and God I really hope
that is not what they meant
and if it was
then I wish with all my might
they were the snobbish kind and misled.


mercredi 16 octobre 2013

In this place

Although most of us are dying in this one place,
through agony we go alone.

Acquaintances, lovers and family may be surrounding us
with love,
as we are getting closer to the final shut down
but we’ll depart unaccompanied.

Nurses attentively tend to both our wounds and every needs,
and though they do their best,
they might soothe the tangible pain but not the fear that we face           
all on our own.

Doctors here and there, passing by in a rush
they know all about our condition,
a precise compilation of knowledge on the process of dying
floats in their educated mind,
as they watch over us.

The most compassionate will occasionally hold a hand, caress a cheek, pat a head,
wipe a tear on a face,
 expression sympathetic,
but if you look closer, their eyes
remain distant
the core of their heart locked away safely.
In the end, they won’t hold us hard enough that we don’t
eventually disperse into thin air.

...That kind of strength...

And in these last minutes, in each inner infinite world
of the dying ones,
selfs are standing bright and tall,
emotions rise, wash over, cut, burn,
and the powerful mind try hard but cannot
grasp the idea of its own termination.

How can I cease to be
the main protagonist of this story,
will the world really keep going round
when my standpoint on it vanishes
-- how can the story go on without me?

Inwardly we whine.

Surely gods have been invented over and over
by people on their deathbed,
as, wide-eyed, they couldn’t look anywhere else but toward that one place
they had spend their whole existence avoiding.

The concept of the immortal soul as the ultimate defence of the mind,
when caught up with the insanity that is the idea of
coming to an end
and the perfect solitude that precedes one’s closure.

To think - while we still can,
that when they weren’t imminently threatened by it, a few among us had thought clever
to confront the prospect of death philosophically,
secretly hoping
 to ward it off.

lundi 30 septembre 2013

Marches funèbres


         Un effluve capiteux assaille mes narines. Sous mon regard attentif se matérialise la forme vague d’un pied nu, effleurant la première marche de l’escalier de bois. Plein d’espoir, je lève alors les yeux vers l’endroit où le visage devrait se trouver…  Il n'y a déjà plus rien.

Du pied, j’écrase à nouveau la marche de toutes mes forces afin de la faire revenir, en vain. Je monte la deuxième marche, la troisième, la quatrième, tâtonnant ainsi de la semelle jusqu’au palier, toujours sans succès.

Soudain, il y a comme un bruit de course tout près de moi. Bien que je ne vois personne, je reprends confiance et me remets en route. A la septième marche de la seconde volée, mon obstination est récompensée : sa présence me submerge. Son amour naissant s’insinue en moi comme un baume partout où mon âme suppure, il calme les hurlements pris au piège de ma cage thoracique. Mais à peine ai-je eu le temps de m’en imprégner qu’elle disparaît, me laissant pantelant. Je me remets éperdument à sa recherche. 

A la troisième marche de la volée suivante, son regard perçant se plante brutalement dans le mien. Ses yeux sont à quelques centimètres de mes yeux, trop vastes, une immensité brune. J’y plonge avec une confiance aveugle, m’y love en gémissant. C’est dans son regard sombre que logent les aspérités de son être, son intelligence acérée, les profondeurs enivrantes et les paradoxes qui la structurent. Mais soudain ses yeux se ferment et ses paupières me prennent au piège d’un étang de lassitude qui se mue en une rivière de dégoût, puis, petit à petit, en un torrent haine. Elle m’y noie d’une poigne ferme comme un simple chaton. Presqu’imperceptibles, au loin, j’entends comme des regrets ; des échos lancinants - Pourquoi t’ai-je aimé ? Puis : Pourquoi n’ai-je pas su t’aimer mieux?

Je retire précipitamment le pied de la marche. Ebranlé, je vais pour m’asseoir un peu plus loin. Mais par le biais de mes semelles, la revoilà de nouveau, qui agrippe mes chevilles, entreprend mon ascension. Elle pénètre dans ma peau, fouille ma chair, explore le réseau de mes veines, se mêlant à mon sang puis se hissant jusqu’à mon cœur pour y cracher son venin. Comme elle s’était frayé un chemin vers mon amour, comme un parasite, comme une drogue, et pourtant, pourtant… ! C’est lorsqu’elle me fuyait que je l’aimais le mieux, nous entraînant tous deux dans une valse fatale.

Exalté, je laisse mon aimée apposer l’empreinte de son corps spectrale sur ma peau. Ce n’est pas un contact froid, mais brûlant comme la fièvre. Un gémissement m’échappe et je sens qu’en elle quelque chose subsiste, qui, violemment aussi, m’aime encore un peu.

Mais mon ardeur la fait fuir, son souvenir s’évapore. Étendu dans les escaliers, seul, je me sens comme un imbécile. Les yeux levés au plafond, je remarque alors les immenses fleurs en plastique qui tombent droit dans le vide enclos par la spirale formée par la rampe de l’escalier.

Les voilà qui frémissent !

C’est la volonté de ma bien-aimée qui les anime ; bientôt elles quittent l’espace où les lois de la gravité les contraignaient et se tendent vers moi, pareilles à des mains. Un instant plus tard, elles atteignent ma poitrine et avec une force inouïe s'y enfoncent sèchement. Horrifié, je reconnais la fragrance âcre qui m’avait accueilli au commencement de mon ascension.

Dans la cage d’escalier, les multiples portraits des ancêtres de celle que j’aimais nous considèrent de leur regard creux. Ils ne sont que couches de peinture, pans de toile, morceaux de bois vernis, absences. Mais ma maîtresse, elle, années après années, jour après jour, a laissé un peu de son essence d’une marche à l’autre, prête à être invoquée.

Dressée au dessus de moi, la voilà soudain qui me toise ; superbe de fureur.

« J’éveille les souvenirs de l’escalier, les arpente pour remonter jusqu’à toi, » lui dis-je dans un murmure. « A moi, ils se dévoilent, car nous sommes de la même étoffe.»

C’est alors qu’un second visage se superpose à celui auquel je m’adressais, palpitant, celui-là et livide. Un vrai masque tragique.

« Pourquoi ne peux-tu me laisser en paix ? » en articule les lèvres tremblantes où de grosses larmes s’attardent.

Cette seule vue me rend toutes mes forces ; j’arrache les fleurs de mon torse et me redresse d’un bond. La silhouette échevelée de ma bien-aimée me fait face, en chair et en os, emmitouflée à la va-vite dans une robe de chambre d’homme. J’avance vers elle, fais mine de l’embrasser, de la prendre dans mes bras. Elle recule en gémissant, terrifiée. Sa réaction me bouleverse.

Alors, la rage au ventre, je lui lance un défi muet. Sous son regard égaré, je prends l'air profondément horrifié puis commence à m’affaisser sur moi-même. Entraîné par la gravité, mon corps se met à dévaler les marches - lentement d'abord, puis de plus en plus vite. Je prends soin de n’épargner à mon amour aucun des craquements secs que font chacun de mes os en se brisant.

A l’issue de ma chute fracassante, je demeure sur le dos, la tête en bas, comme désarticulé. Dardant sur elle mes yeux étrécis. Mon sang, brun et grumeleux, coule en un flot lent mais infini le long des marches inférieures tandis que mes faux râles d'agonie déchirent l’obscurité.

Sa main est plaquée contre sa bouche en une parfaite expression d’horreur.Vaguement bouleversé, je sens pourtant une sombre satisfaction me gagner. Mon esprit n’est fait que de bribes et je vais hagard dans ce songe. Mais ce qui de mon inconscient demeure sait et guide mes gestes.
« Rendez-vous une autre nuit », dis-je dans un grognement.

Le bois de l’escalier s’ouvre un instant en grinçant sur mon corps brisé puis se referme bien vite au-dessus de moi, me ramenant aux ténèbres. La suavité des fleurs de plastique se mêle bientôt à une odeur de terre ainsi qu'à celle bien plus nauséabonde de ma propre carcasse.

Mon cœur, bien qu’exsangue comme un fruit sec, se serre un peu à la pensée des larmes cette nuit versées.

Mais bien plus intolérable encore m’est le souvenir qui du fin fond de ma mortuaire retraite, nuit après nuit, me hante sans répit : celui de deux fines mains sur mon torse, profitant d’un instant de déséquilibre pour me pousser, dans un accès de rage, du haut de l’escalier.

lundi 12 août 2013

(X) L'intouchable

Et parce que, quand je t’encule je ne sens pas ta peau,

dans un excès de caresses mes bras noués à ton cou,
partout ma bouche sur toi

Parce que je ne sens rien de ta douleur
de ta chaleur de ta moiteur,
que le tiraillement des sangles -

et quand bien incliné tu décolles,
palpitant yeux renversés
bouche écartelée sur le silence,
mais je ne te sens pas...

Pour ça, je t’embrasse
comme une météorite,
avec du feu du fracas des larmes,

pour ça je t’embrasse avec les dents,
avec le corps ouvert sur toi,

mais tu es quelque part ailleurs

Ma sueur,
mon front,
mes doigts,

mon coeur

et tu ne me sens pas.

(X) Alter

Il me traite comme une autre.

Je prête l’oreille à ses insultes et offre croupe,
les laisse peu à peu me redéfinir,
devenir cette créature sulfureuse qu’il hait et veut
que j'aimerais être et dont je me défie.

Puis il expose sa gorge et tend au ciel une mâchoire disloquée,
oeil perdu membres déliés, en pâture à mes dents,

putes languides l’un de l’autre.

Englués haletants corps humides et bras tendres,
sexes froissés doigts imperceptibles,

écarlates et boursouflées nos lèvres,

fatras des cils de paupières
qui se scellent.